Les mots, les idées…les maths…

le temps qui passe
A peine sortis du berceau,
Nous sommes allés faire un saut
Au boulevard du temps qui passe,
En scandant notre « Ça ira »
Contre les vieux, les mous, les gras,
Confinés dans leurs idées basses.
On nous a vus, c’était hier,
Qui descendions, jeunes et fiers,
Dans une folle sarabande,
En allumant des feux de joie,
En alarmant les gros bourgeois,
En piétinant leurs plates-bandes.
Jurant de tout remettre à neuf,
De refaire quatre-vingt-neuf,
De reprendre un peu la Bastille,
Nous avons embrassé, goulus,
Leurs femmes qu’ils ne touchaient plus,
Nous avons fécondé leurs filles.
Dans la mare de leurs canards
Nous avons lancé, goguenards,
Force pavés, quelle tempête !

Nous n’avons rien laissé debout,
Flanquant leurs credos, leurs tabous
Et leurs dieux, cul par-dessus tête.
Quand sonna le « cessez-le-feu »
L’un de nous perdait ses cheveux
Et l’autre avait les tempes grises.
Nous avons constaté soudain
Que l’été de la Saint-Martin
N’est pas loin du temps des cerises.
Alors, ralentissant le pas,
On fit la route à la papa,
Car, braillant contre les ancêtres,
La troupe fraîche des cadets
Au carrefour nous attendait
Pour nous envoyer à Bicêtre.
Tous ces gâteux, ces avachis,
Ces pauvres sépulcres blanchis
Chancelant dans leur carapace,
On les a vus, c’était hier,
Qui descendaient jeunes et fiers,
Le boulevard du temps qui passe.
Audio…Brassens et les maths
Les livres de ma vie : Georges Brassens et René Fallet
Bibliothèque de poche – 19/07/1967 – 29min41s
Cette émission spéciale de Michel POLAC n’est constituée ce mois-ci que de la seule rubrique « Les Livres de ma vie », où le journaliste s’entretient avec deux auteurs complices : Georges BRASSENS et René FALLET, le romancier ayant écrit un livre sur son ami chanteur « Brassens, par Fallet ».
Avec Michel POLAC (off) ils discutent de leurs lectures actuelles, relectures surtout pour Georges BRASSENS : Voltaire, Claude Tillier « Mon Oncle Benjamin » ouvrage généreux et voltairien, découvert par Brassens qui l’a imposé à son ami. Les deux amis citent également « Bubu de Montparnasse » de Charles Louis Philippe, que BRASSENS peut citer de mémoire. Il regrette qu’un critique récent ait renié les qualités d’Alphonse de Lamartine et de Murret.Selon le principe de la rubrique, BRASSENS et FALLET reprennent leurs parcours chronologiques de lecteur depuis leur jeunesse :
si BRASSENS évoque les grands classiques de ses années d’études, René FALLET a découvert la poésie tout seul, notamment Rimbaud.BRASSENS dit prendre des notes quand il lit, cite quelques notes ou récite de mémoire des passages entiers d’André Gide, dit son admiration pour François Villon qu’il connait par coeur, relit les poètes du XVIIème siècle et les Romantiques.René FALLET avoue n’avoir aucune mémoire. Il a lu tous les ouvrages de Paul Léautaud, parle de « Le Petit Ami » comme d’un livre rare, évoque un autre livre rare, « Alcools » d’Apollinaire qu’il s’était payé pendant la guerre.
Ils en viennent aux « humoristiques », Alphonse Allais, Mark Twain, et parlent de Georges Courteline que Georges BRASSENS cite de mémoire (passage de « Messieurs les ronds de Cuir » qu’il considère comme un autre « indispensable »).Pour René FALLET, il faut aussi défendre Jules Renard, Jean Anouilh, et les deux considèrent Marcel Aymé comme le plus grand, avec Louis Ferdinand Céline.
BRASSENS revient sur son poète favori, Paul Fort, et Guy de Maupassant qu’il évoque en racontant une de ses histoires.BRASSENS reprend FALLET avec amusement sur ses formules. Ils discutent avec complicité de leurs goûts communs, FALLET va relire « L’étranger » d’Albert Camus, ils aiment John Steinbeck. BRASSENS rappelle qu’il faut faire la part des choses entre l’artiste et sa vie : « c’est difficile de vivre, un homme est quand même un homme ».Il a réappris le latin pour lire les Latins dans le texte, cite Ovide qu’il considère comme indispensable et fondateur. FALLET a peur de lire Ovide, trop vaste. Ils évoquent leurs partages en lecture comme leur façon à eux d’être amis.
En plateau, Lise ELINA s’entretient avec Georges BRASSENS à l’occasion de son prochain tour de chant. Il parle de son âge (40 ans), explique pourquoi il est passé de la poésie à la chanson, répond sur le côté « ours » qu’on lui reproche et chante, en s’accompagnant à la guitare, quelques extraits de ses chansons dont « La mauvaise réputation », « Le testament » et « La fille à cent sous »




















