J.Brel – recueil

Cabris

 

«  Je sais que j’aurais peur

Une dernière fois « 

La mort intéresse Brel comme thème d’inspiration car elle est seule capable de conférer aux entreprises humaines leur véritables significations en les plaçant constamment dans le contexte du  provisoire et du destructible. Certains ne manqueront pas de faire remarquer q’une telle indifférence est difficilement conciliable avec l’intervention, relativement fréquente, de références religieuses dans son oeuvre. L’ explication de cette prétendue contradiction, est cependant, fort simple. Pour Brel, le catholicisme qui n’est pas ou n’est plus une solution, demeure une tentation mais, est cela est fondamental, au même titre que le sont le communisme et la franc-maçonnerie, il lui est, par contre permis d’explorer le folklore  – qu’on ne voie dans ce terme aucune nuance péjorative – chrétien, ne serait-ce  que parce qu’elle en a pris l’habitude il y a, maintenant, près de 10 siècles. C’est pourquoi Brel, quand il désire suggérer cette envie qu’à tout être humain à un moment   de sa vie de s’en remettre à une idéologie –  » cette manière élégante de tricher avec soi-même  » – , dit-il –  » n ‘a en faît,  à sa disposition que les mots, Dieu, prêtres ou bigotes « , notions derrière lesquelles il nous faut, si nous voulons comprendre son dessein véritable, rechercher  » autre chose  » .

 

C’est pour avoir avoir négligé d’effectuer cette indispensable transposition qu’on en est venu à écrire des absurdités de cette taille :  » Brel transforme en confessionnaux les salles où il se produit.  »  » Brel est le prêtre-ouvrier du music-hall »… Comme si l’habit faisait le moine et la chanson le catholique ! Qu’elle explore le domaine du coeur comme celui de l’esprit, la chanson , est-il besoin de le répéter, n’est pour Brel qu’un vecteur  d’idées. Cette ambition de la rendre utilitaire explique que les pièces purement descriptives soient exceptionnelles dans son oeuvre. Et quand elles existent, elles ne s’aventurent guère sur scènes, – ainsi, les Bergers – .

Les Bergers

 

Parfois ils nous arrivent avec leurs grands chapeaux
Et leurs manteaux de laine que suivent leurs troupeaux
Les bergers
Ils montent du printemps quand s’allongent les jours
Ou brûlés par l’été descendent vers les bourgs
Les bergers
Quand leurs bêtes s’arrêtent pour nous boire de l’eau
Se mettent à danser à l’ombre d’un pipeau
Les bergers

Entre l’en est de vieux entre l’en est de sages
Qui appellent au puits tous les vieux du village
Les bergers
Ceux-là ont des histoires à nous faire telles peurs
Que pour trois nuits au moins nous rêvons des frayeurs
Des bergers
Ils ont les mêmes rides et les mêmes compagnes
Et les mêmes senteurs que leurs vieilles montagnes
Les bergers

Entre l’en est de jeunes entre l’en est de beaux
Qui appellent les filles à faire le gros dos
Les bergers
Ceux-là ont des sourires qu’on dirait une fleur
Et des éclats de rire à faire jaillir de l’eau
Les bergers
Ceux-là ont des regards à vous brûler la peau
A vous défiancer à vous clouer le cœur
Les bergers

Mais tous ils nous bousculent qu’on soit filles ou garçons
Les garçons dans leurs rêves les filles dans leurs frissons
Les bergers
Alors nous partageons le vin et le fromage
Et nous croyons une heure faire partie du voyage
Des bergers
C’est un peu comme Noël Noël et ses trésors
Qui s’arrêteraient chez nous aux Équinoxes d’or
Les bergers

Après ça ils s’en vont avec leurs grands chapeaux
Et leurs manteaux de laine que suivent leurs troupeaux
Les bergers
Ils montent du printemps quand s’allongent les jours
Ou brûlés par l’été descendent vers les bourgs
Les bergers
Quand leurs bêtes ont fini de nous boire notre eau
Se remettent en route à l’ombre d’un pipeau
Les bergers les bergers les bergers

 

Brel - Brassens dans Brel

 

 

 

 

 

 

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