Les Bucoliques

 Cabris
 Marcel Pagnol a traduit en vers les Bucoliques de Virgile…  une  courte vidéo publiée par l’INA :  elle date de 1958. Il est assez émouvant et intéressant d’y entendre l’auteur provençal parler de la traduction  qu’il vient  de publier et du lien entre le latin et le provençal.  
Pagnol traite le sujet de ses romans avec une logique qui s’inscrit dans le contexte littéraire de la pastorale, en puisant ses forces dans une harmonie intérieure héritée de la bucolique. Sa traduction des Bucoliques de Virgile l’a,   très certainement influencé dans sa création.
Edition OriginaleParis, Grasset, 1958.PréfaceEt ego in Arcadia… Moi aussi j’ai gardé les chèvres avec Ménalque, et j’ai cherché ce bouc perdu, et j’ai lancé des pierres bourdonnantes avec une adresse assez grande pour ne pas atteindre le vagabond… Sur les collines de Provence, dans les ravins de Baume Sourne, au fond des gorges de Passe-Temps, j’ai suivi bien souvent mon frère Paul, qui fut le dernier chevrier de l’Etoile.
(…)
Il portait la grande houlette en bois de cade, formosum paribus nodis atque aere, et comme Ménalque, il savait jouer de l’harmonica, qui n’est rien d’autre qu’une flûte de Pan perfectionnée : au lieu de calamos conjungere plures, ainsi que Pan instituit, je l’avais acheté pour lui dans un bazar d’Aubagne : la soudure métallique y remplaçait la cire fauve, mais les fines languettes de cuivre donnaient des sons d’une mélancolie poignante.
(…)
J’allais le voir souvent, dans son royaume des garrigues : nul ne savait jamais où il était. Je le cherchais, guidé parfois par le son lointain de l’harmonica, souvent, au printemps, par l’odeur du bouc, toujours par ma tendresse fraternelle, plus sûre qu’un pendule de sourcier.
(…)
L’excuse de cette traduction en vers français des BUCOLIQUES – qui est peut-être la cinquantième – c’est qu’elle ne prétend pas à l’érudition : c’est celle du frère d’un berger, qui aida la mère chevrotante, qui soigna le sabot du bouc, qui a cueilli toutes les plantes de Virgile, et qui a vu monter la lune dorée à travers les branches de l’olivier.
***Poèmes narratifs et dialogués en hommage à la nature et à la vie des bergers inspirés des Idylles de Théocrite et qui influencèrent toute la poésie pastorale.Avant d’être guerrière, la Muse de Virgile fut pastorale. Virgile, que l’on associe trop souvent, et trop rapidement, à la gloire d’Auguste, détestait Rome et passait le plus clair de son temps à la campagne, dans la tranquillité de ses retraites de Campanie ou de Sicile. Quoi d’étonnant dans ces conditions, que son talent se soit d’abord dirigé vers la poésie bucolique ? Virgile a 28 ans lorsqu’il commence son premier chef-d’œuvre, Les Bucoliques: dédié à son protecteur Asinius Pollion, le poème relate, en 9 églogues, les échanges, les plaintes et les émois de bergers, dont Tityre et Mélibée sont restés les plus célèbres.

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