Georges et Juliette

 

KIP

 

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 Depuis la feuille verte des paroles de Chanson pour l’auvergnat, Brassens et Gréco sont restés bons camarades, se croisant de loin en loin. Le temps passé ouvre la seconde face du disque avec une narquoise réflexion sur notre « petite mémoire de lièvre » qui nous fait toujours enjoliver le bon vieux temps:
« Il est toujours joli, le temps passé une fois qu’ils ont cassé leur pipe on pardonne à tous ceux qui nous ont offensé les morts sont tous de braves types. »
La chronique d’époque affirme qu’il a écrit la chanson en une nuit, livrant à Juliette texte et musique au petit matin, ce qui est sans doute beau pour être vrai, d’autant plus que Brassens n’est pas précisément connu pour sa rapidité d’écriture. Mais Gréco, qui s’était un jour retrouvée la seule femme au milieu d’une assemblée d’hommes pour l’anniversaire du poète, est la seule interprète à qui il donne une chanson avant de la chanter lui-même: ce n’est qu’en Octobre 1961 que Brassens enregistrera « Le temps passé », neuf mois après la sortie du disque de Gréco.
479123318_small Georges Brassens dans Georges Brassens
 
 TNP 1966
Juliette Gréco raconte:
« C’est Brassens qui a fait l’affiche du TNP. Il a dit à dit à Canetti: « Tu mets Gréco en haut et moi en bas. » Je n’étais pas la vedette du spectacle, mais il voulait que ce soit à part égale. Il venait me voir jouer. Quelques mots: « Ca va ? – oui, et toi? » Tout ça avec ce regard qu’il avait, un regard très, très chargé. Puis je l’écoutais, le soir. C’était inexplicable: on reçoit une douche de beauté, de bonheur, de rires, de larmes, une douche de vie et de don de soi. »
 
Le TNP est un des plus beaux souvenirs de la carrière de Gréco et un des sommets de la chanson dans les années 60: à la même affiche, pendant un mois, Georges Brassens et Juliette Gréco. Pas d’attractions, pas de complément de programme, seulement Gréco et ses quatre musiciens pour vingt chansons, puis Brassens et son contrebassiste Pierre Nicolas pour vingt chansons. Par la volonté du directeur, Georges Wilson, c’est la première fois de son histoire que la grande salle de la colline de Chaillot est ouverte à la chanson, et c’est plus qu’un triomphe. Du 16 Septembre au 22 Octobre, vingt-sept soirées et cinq matinées, soit trente-deux fois 2 800 spectateurs, sans compter ceux auquels on vend les marches, les derniers invités et les « exo » qui restent debout près des portes: environ 90 000 spectateurs au total. « De quoi rendre malade Bruno Coquatrix, ironise Paris Jour: il n’a jamais pu obtenir pareil arrangement entre monstres sacrés pour son Olympia! » Au printemps, il fallait débourser de treize à vingt-six francs pour voir Gréco boulevard des Capucines. Au théâtre national populaire, les places coûtent entre six et douze francs. « Pour moi, le TNP, c’est une leçon d’humilité, dit Gréco à L’aurore. A l’heure actuelle, dans ce métier, les gens sont atteints d’une espèce de rage. Pour eux, seuls comptent la tête d’affiche, la grosseur des caractères de leur nom et terminer le spectacle. Dans le show business, parce qu’on ouvre l’affiche et qu’on chante, on se prend pas pour la queue d’une poire. Moi, je suis honorée et fière de commencer ce spectacle parce que celui qui le termine s’appelle M. Brassens. Ici, j’ignore combien je vais gagner, mais je sais que les gens paieront six francs le droit de nous applaudir et ce public est merveilleux. » En effet, tous les commentateurs notent la jeunesse du public, sa concentration, sa générosité. Brassens est surpris: « Je n’ai jamais vu une salle aussi silencieuse et même respectueuse. A ce point-là, d’ailleurs c’est presque exagéré. Cela m’ennuie qu’on me respecte. J’ai des cheveux blancs, mais quand même… » Gréco est enthousiaste: « C’est le meilleur public que j’ai jamais eu. Ils sont délicats. On sent, par exemple, qu’ils font attention de tousser doucement. »
Gréco  a pensé reprendre « Chanson pour l’auvergnat » dans son tour de chant, en hommage au poète qui lui a offert deux chansons magnifiques. Finalement, elle ne chante pas Brassens devant Brassens, et ce compose un programme sans création mais d’une tenue impressionnante avec, Ferré, Sartre, desnos, Brel, Gainsbourg, Louki, Prévert… Quelques semaines avant la première elle disait ce qu’elle n’avait jamais encore dit et ne dira jamais plus: « C’est la première fois de ma vie ou je fais quelque chose qui me donne l’impression d’être totalement LIBRE. La première fois que je n’ai pas l’ombre d’une réticence. »
 

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